Accueil du sitebannière
AccueilAutres domaines d’actionRoutes, chemins de fer
Nature d’intervention :
pétition
Protégeons nos chemins, non à l’urbanisation de nos campagnes !
mardi 27 mai 2008

Paysages de France s’est associée à un collectif d’associations "pour la protection de nos chemins" coordonné par l’ASPAS (l’association pour la protection des animaux sauvages) visiter leur site.

Ce collectif à lancé une campagne de sensibilisation de nos élus à laquelle vous pouvez participer en téléchargeant la plaquette et en envoyant la carte détachable au président de votre Conseil Général.

Les arguments développés par l’Aspas et soutenus par le collectif sont les suivants :

La France tout comme de nombreux pays européens, orchestre depuis quelques années, la destruction de nos chemins. Sous prétexte de développer les transports doux et le tourisme rural, nos élus urbanisent nos campagnes et l’asphalte envahit nos chemins.

À l’heure où la notion de développement durable est à la une, un nouveau mode de pollution naît. En 1998, la France s’est associée à l’Allemagne, au Royaume-Uni, aux pays scandinaves, à l’Espagne… afin d’élaborer un réseau de « voies vertes » parcourant chaque pays et les reliant entre eux.
Ces voies impérativement en site propre (interdit à tout véhicule motorisé) permettront à chacun de rejoindre Bruxelles à Saint-Jacques de Compostelle à pied ou Nantes à Budapest à vélo.
Sorte de chemins des temps modernes, les voies vertes doivent être larges de 3 mètres, dotées d’une pente inférieure à 3 % afin d’être accessibles à tous les usagers. Aujourd’hui, il existe environ 4800 km de voies vertes et de véloroutes en France et l’Association Française des Voies Vertes (af3v) souhaite atteindre les 10 000 km dans les années qui viennent.

À première vue, l’idée est excellente. Mais en réalité, ce projet ambitieux comprend un problème principal : l’asphalte. Aujourd’hui 65 % des voies « vertes » sont asphaltées. 3100 km de chemins, soit l’équivalent en superficie de 1860 terrains de football ont été dénaturés. Les autres sont faites de sable plus ou moins compacté.
C’est contre ce bétonnage outrancier et inutile de la nature que l’ASPAS s’élève aujourd’hui.

L’asphalte envahit nos campagnes !

Ceux qui décident du revêtement sont ceux qui paient. Or, l’aménagement des voies vertes peut être financé de diverses manières : l’enveloppe budgétaire peut être prise en charge par l’Etat, l’Europe, la région et le département. Principaux financeurs du projet, les conseils généraux et dans certains cas les conseils régionaux ont ainsi le choix entre diverses solutions : l’asphalte, l’enrobé, le béton ou le sable compacté. L’entretien des voies vertes revenant dans la plupart des cas aux communes traversées par la voie (souvent, aucune aide de l’Etat ou de la région ne leur est versée), il est plus économique pour elles de goudronner les sentiers car leur entretien sera plus simple et moins onéreux que pour les terrains en sable compacté.
Intervenant uniquement comme conseiller auprès des conseils généraux, l’af3v n’oublie cependant pas de mentionner, dans la liste des caractéristiques indispensables à une voie verte digne de ce nom, que le revêtement devra permettre aux usagers de rouler en toute sécurité même en cas de pluie prolongée et utilisable toute l’année ! Idée confirmée par le président de l’af3v qui considère qu’un « revêtement de qualité comme le goudron est parfait pour tous les usagers ».

« L’idée-phare » de l’af3v est louable : éviter toute forme d’exclusion des pratiques sportives mais doit-on le faire au détriment de la nature ?

Toujours plus de « confort », toujours moins de nature

Victimes de leur succès, quelques voies vertes ne parviennent plus à assumer le nombre de visiteurs. Le conseil général de Bourgogne a par exemple décidé d’élargir certaines voies pour qu’elles puissent supporter le flux d’usagers. Ainsi, la voie Givry-Cluny (71), qui a reçu le prix européen de la voie verte en 2004, passera de 3 m de large à 5 ou 6 mètres. Une véritable petite autoroute cyclable !
En modifiant le revêtement d’un chemin, les aménageurs dénaturent son assiette. Et en l’élargissant, ils touchent à ses abords : arbres, haies… L’arrachage des haies entraîne irrémédiablement la disparition de nombreux abris et de nourriture pour la faune sauvage. Nous assistons donc ici à la dénaturation de nombreux chemins qui va de pair avec une dégradation du milieu. L’aménagement des voies vertes implique également une véritable « sursécurisation » des chemins. À chaque croisement de route, une barrière a été apposée.

Si bien que sur la voie morbihannaise Questembert - Mauron par exemple, 108 barrières ont été installées sur 50 kilomètres : tous les 500 mètres, il faut donc poser pied-à-terre !

Dérangée, délogée, Pas de répit pour la faune !

Outre le manque d’esthétisme de l’asphalte, l’aménagement des voies vertes pose de nombreux problèmes d’ordre écologique. Les lapins, lièvres, crapauds, hérissons et oiseaux qui ont pour habitude de nicher dans les haies bordières des chemins sont moins en sécurité. Les terrains sont imperméabilisés et les systèmes racinaires des arbres ne peuvent plus respirer ou s’hydrater facilement. Les terrains sablonneux indispensables au creusement des terriers des abeilles solitaires, des fourmillons ou d’une microfaune essentielle à l’équilibre des écosystèmes disparaissent tout comme les nombreuses flaques d’eau, véritables écosystèmes qui se créent dans les chemins naturels. La destruction des lisières, milieu très riche et diversifié, ordonnée lors de l’élargissement des voies surfréquentées entraîne la disparition de niches écologiques pour de nombreuses espèces. Il faut savoir que les chemins représentent pour la faune sauvage de précieux corridors biologiques qui leur permettent de parcourir de grandes distances et de mélanger les populations. La pose excessive de barrières de sécurité nuit à ces corridors et l’ensemble des aménagements a tendance à effrayer les animaux sauvages.

Aménagements - objectifs : Quelles incohérences !

Parmi les objectifs officiels des voies vertes, on peut lire : « Les voies vertes :
- améliorent les communications et le trafic local non-motorisé,
- favorisent un mode de vie et de transport plus sain et plus équilibré en réduisant la congestion et la pollution des villes

  •  favorisent le développement rural, le tourisme actif et l’emploi local (…)
  •  rapprochent les Européens de leur environnement naturel et culturel.
  •  permettent l’éducation à la nature et la maîtrise de l’environnement ».2

    Comment promouvoir l’éducation à la nature en dénaturant cette nature ? Comment inciter les usagers à respecter l’environnement en goudronnant les chemins, éléments considérés comme intrinsèques au patrimoine naturel.
    Car tout le problème est là. Comment imaginer que le public découvrira le respect de l’environnement en se promenant sur des rubans d’asphalte à forte connotation citadine.
    Si le but des voies vertes avait été la promotion des transports doux, elles auraient préférentiellement été installées en périphérie des villes. Or dans le réseau français, 70 % sont en pleine campagne.
    La véritable motivation des voies vertes n’est pas de permettre à l’usager de découvrir la nature, d’apprendre à la respecter mais de la promouvoir puisqu’elle s’avère rentable. En quelques mots, développer un tourisme rural de « luxe » envahissant.
    L’essentiel des itinéraires a été aménagé et sécurisé pour séduire une clientèle « plus féminine, plus jeune, à plus haut pouvoir d’achat »4. En résumé, l’intérêt des voies vertes est de mettre la nature à la portée des gens qui ne veulent pas faire d’effort. Mais la nature se mérite, ce n’est pas un terrain de jeu.
    L’af3v parle aussi de réhabilitation des chemins de fer désaffectés, de mise en valeur d’un patrimoine oublié (ponts, gares, maisons éclusières…), mais ces sentiers pour beaucoup d’entre eux étaient déjà appréciés par nombre de personnes qui savaient profiter de paysages sobrement aménagés sans être dévisagés.
    Souhaitons-nous laisser aux générations futures le spectacle de forêts parcourues d’innombrables tentacules noires zigzaguant entre quelques arbres survivants ?
    À ce rythme, nous ne pourrons bientôt plus nous promener dans la nature sans être obligés de fouler un béton hideux et sans charme.
    Nous devons protéger les chemins encore naturels car notre prétention à « améliorer » ce que la nature nous offre se solde très souvent par des résultats tragiques. Il est important aujourd’hui de s’adapter à la nature et de cesser de l’adapter à nos envies futiles. Car les voies vertes ne répondent en rien à un besoin vital.

    L’ASPAS ne remet aucunement en question les politiques essentielles de développement des transports doux mais refuse catégoriquement ce suraménagement de nos campagnes et l’asphaltage quasi-systématique de ces voies qui n’ont de « vertes » que le nom ! Est-il nécessaire de défigurer les paysages ruraux pour le plaisir d’une poignée de rollers ou d’excursionnistes ? Ne doit-on pas apprendre aux gens à profiter de la nature telle qu’elle est sans la dénaturer ?

    Protéger la nature, c’est...

    Réaliser des chemins verts et piétonniers dans les villes et non bitumer nos campagnes. Il serait intéressant que les mairies concentrent leurs moyens sur le développement de leur réseau de pistes cyclables afin d’intervenir efficacement pour la décongestion des villes et l’amélioration de la qualité de l’air.
    Certains départements ont choisi de ne pas goudronner leurs voies vertes. L’ASPAS ne peut que soutenir ces décisions et encourager les conseils généraux à suivre ces exemples. Car il n’est pas trop tard, de nombreux projets sont à l’étude. L’asphalte, c’est la mort du charme de nos paysages, la fin des endroits tranquilles et authentiques !

    Encart n°1

    Un prix exorbitant !

    Á titre d’exemple, la voie verte Givry-Cluny (44 km de long en Bourgogne) a coûté 2 000 000 d’euros soit 45 500 euros du kilomètre1 ! Elle a été financée par l’Etat français conjointement à la région de Bourgogne, au département de Saône-et-Loire, aux Chambres de Commerce et d’Industrie et à l’Europe. Ces prix effrayants nous laissent à penser que les communes ou les départements en charge de l’entretien des voies vertes auront tendance à se concentrer sur ces chemins « rentables ». Combien de kilomètres de chemins naturels seront alors laissés à l’abandon par les communes ? Les associations de randonneurs devront ainsi redoubler d’efforts pour entretenir leurs chemins.

    Encart n°2

    D’après les estimations du vice-président de la Fédération Française de Randonnées Pédestre, en France, on compte 700 000 km de chemins contre 2 000 000 de km dans les années 19503. Nous avons donc perdu plus de 1 300 000 km de chemins en un demi-siècle. Et apparemment ce n’est pas fini !

  • Documents joints à cet article :